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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/241

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qu’il n’est autre que Coqenbois, le grand tombeur masqué. Ces pièces-là durent jusqu’à deux heures du matin et on est fou en sortant. On soupe jusqu’à cinq heures. Il y a représentation deux fois par semaine et le reste du temps on fait des trucs, et la pièce continue avec les mêmes personnages, traversant les aventures les plus incroyables.

Le public se compose de huit ou dix jeunes gens, mes trois petits-neveux et les fils de mes vieux amis. Ils se passionnent jusqu’à hurler. Aurore n’est pas admise ; ces jeux ne sont pas de son âge ; moi, je m’amuse à en être éreintée. Je suis sûre que tu t’amuserais follement aussi ; car il y a dans ces improvisations une verve et un laisser aller splendides, et les personnages sculptés par Maurice ont l’air d’être vivants, d’une vie burlesque, à la fois réelle et impossible ; cela ressemble à un rêve. Voilà comme je vis depuis quinze jours que je ne travaille plus.

Maurice me donne cette récréation dans mes intervalles de repos, qui coïncident avec les siens. Il y porte autant d’ardeur et de passion que quand il s’occupe de science. C’est vraiment une charmante nature et on ne s’ennuie jamais avec lui. Sa femme aussi est charmante, toute ronde en ce moment ; agissant toujours, s’occupant de tout, se couchant sur le sofa vingt fois par jour, se relevant pour courir à sa fille, à sa cuisinière, à son mari, qui demande un tas de choses pour son théâtre, revenant se coucher ; criant qu’elle a mal et riant aux éclats d’une mouche qui vole ; cousant des