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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/225

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luttes sociales sans éprouver l’horrible besoin de s’égorger les uns les autres. Laissez donc la discussion s’établir sérieuse, pour qu’elle devienne impartiale. Tout refoulement de la pensée, tout effort pour supprimer la vérité soulèveront des orages, et les orages emportent tôt ou tard ceux qui les provoquent.

Dira-t-on qu’il ne faut pas chercher dans un passé trop récent les enseignements de l’histoire ? Où donc les trouvera-t-on mieux appropriés au besoin que nous avons d’en profiter ? Sont-ce les Grecs et les Romains qui nous révéleront les dangers et les espérances de notre avenir ? Leur milieu historique, le sens philosophique de leur destinée ne nous sont plus applicables ; et, d’ailleurs, c’est toujours dans l’expérience de sa propre vie que l’homme trouve la force de se vaincre ou de se développer. Pourquoi donc un gouvernement sorti de nos luttes les plus récentes, la révolution de 89 et celle de 48, prendrait-il fait et cause pour ou contre les acteurs d’un drame en deux parties qui, toutes deux, lui ont profité ?

Et puis, en somme, prenez garde à des poursuites contre l’histoire ; car, en voulant empêcher qu’elle ne se fasse, vous la feriez vous-même avec une publicité, un éclat et un retentissement que nous n’avons pas à notre disposition. Nul ne peut nourrir l’espérance de supprimer le passé ; Dieu même ne pourrait le reprendre. À quoi ont servi les poursuites acharnées de la Restauration contre vous, messieurs, qui êtes aujourd’hui au pouvoir ? Elles vous ont rendu le ser-