Ouvrir le menu principal

Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/201

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


J’ai été si interrompue par la maladie réelle, que j’ai eu de la peine à m’y remettre. Mais je me porte comme un charme depuis le beau temps et je vas prendre un bain de botanique.

Maurice en prend un d’entomologie. Il fait trois lieues avec un ami de sa force pour aller chercher, au milieu d’une lande immense, un animal qu’il faut regarder à la loupe. Voilà le bonheur ! c’est d’être bien toqué. Mes tristesses se sont dissipées en faisant Cadio ; à présent, je n’ai plus que quinze ans, et tout me paraît pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Ça durera ce que ça pourra. Ce sont des accès d’innocence, où l’oubli du mal équivaut à l’inexpérience de l’âge d’or.

Comment va la chère mère ? Elle est heureuse de te retrouver près d’elle !

Et le roman ? Il doit avancer, que diable ! Marches-tu un peu ? es-tu plus raisonnable ?

L’autre jour, il y avait ici des gens pas trop bêtes qui ont parlé de Madame Bovary très bien, mais qui goûtaient moins Salammbô. Lina s’est mise dans une colère rouge, ne voulant pas permettre à ces malheureux la plus petite objection ; Maurice a dû la calmer, et, là-dessus, il a très bien apprécié l’ouvrage, en artiste et en savant ; si bien que les récalcitrants ont rendu les armes. J’aurais voulu écrire ce qu’il a dit. Il parle peu, et souvent mal ; cette fois, c’était extraordinairement réussi.

Je veux donc te dire non pas adieu, mais au revoir,