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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/199

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sont prodigues, les besoins de liberté qui se manifestent, quelle reculade et quelle nouveau leurre !

On est las du présent, cela est certain. On est blessé d’être joué par un manque de confiance trop évident, on a soif de respirer. On rêve toute sorte de soulagements et d’inconséquences. On se démoralise, on se fatigue, et la victoire sera au plus habile. Quel remède ? On a encouragé l’esprit prêtre, on a laissé les couvents envahir la France et les sales ignorantins s’emparer de l’éducation ; on a compté qu’ils serviraient le principe d’autorité en abrutissant les enfants, sans tenir compte de cette vérité que qui n’apprend pas à résister ne sait jamais obéir.

Y aura-t-il un peuple dans vingt ans d’ici ? Dans les provinces, non, je le crains bien.

Vous craignez les Huns ! moi, je vois chez nous des barbares bien plus redoutables, et, pour résister à ces sauvages enfroqués, je vois le monde de l’intelligence tourmenté de fantaisies qui n’aboutissent à rien, qu’à subir le hasard des révolutions sans y apporter ni conviction ni doctrine. Aucun idéal ! Les révolutions tendent à devenir des énigmes dont il sera impossible d’écrire l’histoire et de saisir le vrai sens, tant elles seront compliquées d’intrigues et traversées d’intérêts divers, spéculant sur la paresse d’esprit du grand nombre. Il faut en prendre son parti, c’est une époque de dissolution où l’on veut essayer de tout et tout user avant de s’unir dans l’amour du vrai. Le vrai est trop simple, il faut y arriver toujours par le compliqué.