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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 5.djvu/118

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n’est que le ressassement de toutes nos vieilles notions insuffisantes et tombées en désuétude. Vous gâtez la cause en cherchant des preuves que vous n’avez pas et que personne encore ne peut avoir en poche.

Laissez donc faire le temps et la science. C’est l’œuvre des siècles de saisir l’action de Dieu dans l’univers. L’homme ne tient rien encore : il ne peut pas prouver que Dieu n’est pas ; il ne peut pas davantage prouver que Dieu est. C’est déjà très beau de ne pouvoir le nier sans réplique. Contentons-nous de ça, mon bonhomme, nous qui sommes des artistes, c’est-à-dire des êtres de sentiment. Si vous vous donniez la peine de sortir de vous-même, de douter de votre infaillibilité, ou de celle de certains hommes que je respecte ; de lire et d’étudier beaucoup tout ce qui se produit d’étonnant, de beau, de fou, de sage, de bête et de grand dans le monde ; à l’heure qu’il est, vous seriez plus calme et vous reconnaîtriez que, pas plus que les autres, vous n’avez trouvé la clef du mystère divin.

Croyons quand même et disons : Je crois ! ce n’est pas dire : « J’affirme ; » disons : J’espère ! ce n’est pas dire : « Je sais. » Unissons-nous dans cette notion, dans ce vœu, dans ce rêve, qui est celui des bonnes âmes. Nous sentons qu’il est nécessaire ; que, pour avoir la charité, il faut avoir l’espérance et la foi ; de même que, pour avoir la liberté et l’égalité, il faut avoir la fraternité.

Voilà des vérités terre à terre qui sont plus élevées que tous les arguments des docteurs. Ayons la modes-