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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/93

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Il y a, selon moi, deux espèces de propriétés : la propriété individuelle et la propriété sociale. Les bourgeois ne veulent reconnaître que la première ; certains socialistes, poussés à l’extrême par cette monstrueuse négation de la propriété sociale, ne veulent reconnaître que la seconde.

Cependant plus les sociétés se civilisent et se perfectionnent, plus elles étendent le fonds commun, pour faire contrepoids à l’abus et à l’excès de la propriété individuelle. Mais il doit aussi y avoir une borne à cette extension de la propriété commune ; autrement, la liberté individuelle et la sécurité de la famille périraient.

Aussi le ministre Duclerc avait une pensée vraiment sociale en voulant donner à l’État le monopole des chemins de fer et des assurances contre l’incendie. C’étaient des mesures parfaitement logiques et qui devaient s’étendre à mesure que la société en aurait recueilli le bénéfice. Ainsi tout ce qui concerne les voies de communication, les routes, les canaux et les richesses qui, de leur nature, sont communes à tous, les grandes mesures financières portant sur les hypothèques et qui peuvent mettre l’argent à bon marché, tout cela devra être socialisé avec le temps, pourvu que la bonne volonté y soit. Mais elle n’y est pas, la vérité ayant été outrepassée par les écoles socialistes qui vont jusqu’à ôter à l’individu, sa maison, son champ, son jardin, son vêtement et même sa femme.

La peur, une peur pusillanime et furieuse en même