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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/69

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

ne se font pas faute d’adresser au plus faible, à la femme, de préférence à l’homme.

J’ai quitté Paris, d’abord parce que je n’avais plus d’argent pour y rester, ensuite pour ne pas exposer Maurice à se faire empoigner ; ce qui lui serait arrivé s’il eût entendu les torrents d’injures que l’on exhalait contre tous ses amis et même contre sa mère, dans cet immense corps de garde qui avait remplacé le Paris du peuple, le Paris de Février. Voyez quelle différence ! Dans tout le courant de mars, je pouvais aller et venir seule dans tout Paris, à toutes les heures, et je n’ai jamais rencontré un ouvrier, un voyou qui, non seulement ne m’ait fait place sur le trottoir, mais qui encore ne l’ait fait d’un air affable et bienveillant. Le 17 mai, j’osais à peine sortir en plein jour avec mes amis : l’ordre régnait !

Mais c’est bien assez vous parler de moi. Je n’ose pourtant pas vous parler de vous : vous comprenez pourquoi. Mais, si vous pouvez lire des journaux, et si la Vraie République du 9 juin vous est arrivée, vous aurez vu que je vous écrivais en quelque sorte avant d’avoir reçu votre lettre. Ne faites attention dans cet article qu’au dernier paragraphe. Le reste est pour cet être à toutes facettes qu’on appelle le public, la fin était pour vous.

Ah ! mon ami, que votre foi est belle et grande ! Du fond de votre prison, vous ne pensez qu’à sauver ceux qui paraissent compromis, et à consoler ceux qui s’affligent. Vous essayez de me donner du courage, au