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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/61

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

ques instants. C’est toujours une manière de passer le temps. Pardonnez-moi donc de le faire et de vous sermonner un peu. Vous êtes trop vif et trop dur à l’endroit des personnes. Vous vous pressez trop d’accuser, de traduire devant l’opinion publique les hommes qui ont l’air d’abandonner ou de trahir notre cause. Les hommes sont faibles, incertains, personnels, je le sais, et il n’en est pas un depuis le 24 février qui n’ait été au-dessous de sa tâche. Mais nous-mêmes, en les condamnant au jour le jour, nous avons été au-dessous de la nôtre. Nous avons fait trop de journalisme à la manière du passé, et pas assez de prédication comme il convenait à une doctrine d’avenir. Cela fait, en somme, de la mauvaise politique, inefficace quand elle n’est pas dangereuse. Ce n’est pas l’intelligence qui vous a manqué, à vous, personnellement ; car, au milieu de votre fougue, vous arrivez toujours à toucher très juste le point sensible de la situation.

Mais un peu plus de formes (à mes yeux, la véritable politesse est l’esprit de charité), un peu moins de précipitation à déclarer traîtres les irrésolus et les étourdis, n’eût pas nui à votre propagande.

Nous avons tous fait des sottises, disait Napoléon au retour de l’île d’Elbe. Eh bien ! nous pouvons nous dire cela les uns aux autres aujourd’hui, et, quand on fait cet aveu de bonne foi, on n’est que plus unis et plus forts. Vous-même, vous dites, dans un des numéros que je reçois aujourd’hui : Nos amis d’hier, qui le seront encore demain. C’est donc vrai, qu’il