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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/218

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND


CCCXVIII

À M. ARMAND BARBÈS, À BELLE-ISLE-EN-MER


Nohant, 28 novembre 1850.


De quoi donc vous alarmez-vous ainsi, mon ami ? Vraiment ; vous êtes le seul en France à croire qu’un soupçon sur votre compte soit possible. Tout le monde voit ici la vérité ; elle est trop grossière de la part du pouvoir pour imposer même aux esprits les plus bornés. C’est une exception en votre faveur, c’est-à-dire une aggravation de peine. Ce pouvoir, eût-il eu l’infâme pensée de vouloir vous exposer aux méfiances de vos frères, n’a ici qu’une déception dont la honte retombe sur lui. J’avoue que je rougirais pour vous d’avoir à vous défendre contre de si fantastiques apparences. Non, non, il est des hommes placés trop haut pour qu’un plaidoyer en leur faveur ne soit pas une sorte d’outrage gratuit. La France entière me répondrait dans son cœur : « De quoi vous mêlez-vous ? » Vos ennemis eux-mêmes souriraient des perplexités de votre grande âme et de mon indiscrète sollicitude pour une réputation que nul ne peut atteindre, et que, dans l’avenir comme dans le présent, le monde entier honore ou subit. Les méchants la subissent avec rage, ils s’en vengent en vous qualifiant de jacobin. Eh bien, ceci ne vous fâche pas,