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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/215

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

reproches, c’est la profonde conviction que, si vous étiez moi, vous feriez ce que je fais.

Il y a plus, si vous étiez à ma place, vous seriez communiste comme je le suis, ni plus ni moins, parce que je crois que vous n’avez jugé le communisme que sur des œuvres encore incomplètes, quelques-unes absurdes et repoussantes, dont il n’y a pas même à se préoccuper. La vraie doctrine n’est pas exposée encore et ne le sera peut-être pas de notre vivant. Je la sens profondément dans mon cœur et dans ma conscience, il me serait impossible probablement de la définir, par la raison qu’un individu ne peut pas marcher trop en avant de son milieu historique, et que, eussé-je la science et le talent qui me manquent, je n’aurais pas pour cela la divine clef de l’avenir. Tant de progrès paraissent impossibles qui seront tout simples dans un temps moins reculé que nous ne pensons ! Mon communisme suppose les hommes bien autres qu’ils ne sont, mais tels que je sens qu’ils doivent être.

L’idéal, le rêve de mon bonheur social, est dans des sentiments que je trouve en moi-même, mais que je ne pourrais jamais faire entrer par la démonstration dans des cœurs fermés à ces sentiments-là. Je suis bien certaine que, si je fouillais au fond de votre âme, j’y trouverais le même paradis que je trouve dans la mienne. Je dis avec vous que c’est irréalisable quant à présent ; mais la tendance qui y entraîne les hommes malgré eux, et dont quelques-uns se rendent compte, dès à