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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/211

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Louis Blanc n’a pas refusé, que je sache, son concours à l’œuvre du Proscrit. C’est vous qui me disiez qu’il voulait rester en dehors, et, d’après lui, on ne l’aurait même pas consulté. Il ne résulte point de sa lettre à moi qu’il soit décidé à se séparer hautement de cette nuance du parti. Il me semble au contraire, que, si on l’avait bien voulu, il s’y serait joint, tout en faisant loyalement ses réserves quant à l’avenir. La doctrine de l’abstention, si on peut appeler ainsi ce que je vous disais, m’est toute personnelle, et, si je l’ai attribuée à Louis Blanc, c’est en réponse à ce que vous me disiez de lui. Vous êtes plus près de lui que moi, pour connaître ses intentions et ses dispositions. Faites donc un effort pour le rapprocher de votre centre d’action, si vous le jugez utile, et qu’il se prononce.

Il me dit, et je le connais sincère et ferme, qu’il saura toujours mettre de côté les questions personnelles devant l’accomplissement d’un devoir. Qu’il juge donc lui-même de son devoir politique. Là, je ne suis point compétente. S’il connaissait comme moi l’antipathie de Ledru-Rollin pour ses idées et pour sa personne, il n’agirait jamais de concert avec lui en quoi que ce soit. Mais ce n’est pas moi qui me charge de répéter ce que j’entends. Vous trouveriez d’ailleurs que c’est une misérable chose que de se soucier de cela ; moi aussi, au point de vue de la rancune d’amour-propre. Mais, au point de vue de la raison, je ne concevrais guère qu’il soit dans la logique du devoir de se jeter