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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/209

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Mais ma gêne, c’est bel et bon ; elle m’empêche d’agir selon mes goûts ; elle ne me prive pas de l’aisance accoutumée, et la vôtre est plus grave. Elle peut vous priver du nécessaire. Un mot donc, si vous arrivez là le mois prochain, et je vous expédie un autre petit billet, en attendant mieux.

Une autre cause de gêne, c’est notre journal le Travailleur, que l’on a tué à force de procès et d’amendes. Le rédacteur, un de nos meilleurs amis, brave prolétaire instruit, et du plus noble caractère, est en prison pour huit mois, sa femme et ses cinq enfants sans ressources. Eh bien, tout retombe sur nous, c’est-à-dire sur quatre ou cinq amis et sur moi ! Quand on fait un journal démocratique chez nous, tout le monde souscrit, tout le monde promet. À l’heure de payer, il n’y a plus personne, et la cause ferait lâchement banqueroute, le rédacteur, martyr de la cause, pourrirait en prison, si nous n’étions pas là. C’est avec de continuelles défections de ce genre qu’on nous épuise. Ce qu’il y a de plus triste là dedans, ce n’est pas qu’on nous ruine : cela n’est rien ; c’est que le peuple ne sache pas s’imposer le plus petit sacrifice pour sauver et protéger l’organe de ses intérêts et de ses besoins. Ils sont fiers et jaloux de leur journal ; avec un sou par semaine, ils le relèveraient. Mais le sou du pauvre, les sous avec lesquels les prêtres, les moines et les missionnaires font des millions, on les donne au fanatisme, on les donne à la débauche, on les refuse à la cause républicaine. C’est bien décourageant, vous en convien-