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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/203

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

Cette révolution avortée, ces intrigues de la bourgeoisie, ces exemples d’immoralité donnés par le pouvoir, cette impunité assurée à toutes les apostasies, à toutes les trahisons, à toutes les iniquités, c’est là, en fin de compte, l’ouvrage du peuple, qui l’a souffert et qui le souffre. Une partie de nos ouvriers tremble devant le manque d’ouvrage et se borne à hurler tout bas des menaces fanfaronnes. Une autre partie s’hébète dans le vin. Une autre encore rêve et prépare de farouches représailles, sans aucune idée de reconstruction après avoir fait table rase. Les systèmes, dites-vous ? Les systèmes n’ont guère pénétré dans les provinces. Ils n’y ont fait ni bien ni mal, on ne s’en inquiète point, et il vaudrait mieux qu’on les discutât et que chacun forgeât son rêve. Nous ne sommes pas si avancés ! Payera-t-on l’impôt, ou ne le payera-t-on pas ? Voilà toute la question. On ne se tourmente même pas des encouragements dont l’agriculture, sous peine de périr, ne peut plus se passer.

On ne sait ce que signifient les promesses de crédit faites par la démocratie. On n’y croit point. Toute espèce de gouvernement est tombée dans le mépris public, et le prolétaire qui dit sa pensée la résume ainsi : Un tas de blagueurs, les uns comme les autres ; il faudra tout faucher !

Sans doute il y a des groupes qui croient et comprennent encore ; mais la vertu n’est point avec eux beaucoup plus qu’avec les autres. L’esprit d’association est inconnu. La presse est morte en province, et