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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/189

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

qu’elles résument certain sentiment suprême, certaine conclusion fatale qui se trouve au bout de tout, quand on se recueille pour ouvrir à un ami le fond de son cœur. Dans la vie courante, rien ne paraît. On a des habitudes de gaieté, parce qu’en France surtout la gaieté, la légèreté apparente est comme une loi de savoir-vivre. Dans certains milieux particulièrement, il faut toujours savoir rire avec ceux qui rient. Je vis presque toujours avec des artistes, avec des personnes jeunes ; on s’amuse chez moi et j’y suis toujours gaie.

J’y suis heureuse et très tranquille si l’on n’apprécie que les relations apparentes. Le mal de ma vie est en moi. Il est dans ma secrète appréciation de toutes ces choses qui paraissent si divertissantes et qui font vibrer dans le fond de mon âme des cordes si lugubres. Rassurez-vous donc, je porte bien mon costume, et personne que vous peut-être ne se doutera jamais que je me meurs de chagrin.

Vous êtes content, vous, dans ce moment-ci, n’est-ce pas ? Nos élections sont bonnes et tous mes amis sont pleins de joie et d’espérance. Ils disent, et je pense qu’ils ont raison, que nous irons sans secousse jusqu’aux prochaines élections générales et qu’alors la majorité sera dans le sens de l’avenir républicain. Je le crois aussi. Mais cela ne rendra pas la vie à ceux qui sont morts victimes de l’ignorance et de l’indécision des masses ; vous acceptez la loi du malheur, vous êtes religieux.

Il se peut qu’en fin de compte, je sois impie, puis-