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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

nation qui sent vivement ces choses. La grande majorité des Français est surtout malade d’ignorance et d’incertitude. Ah ! mon ami, je crois que nous tournons, vous et moi, dans un cercle vicieux, quand nous disons, vous, qu’il faut commencer par agir pour s’entendre ; moi, qu’il faudrait s’entendre avant d’agir. Je ne sais comment s’effectue le mouvement des idées en Europe ; mais, ici, c’est effrayant comme on hésite avant de se réunir sous une bannière. Certes, la partie serait gagnée si tout ce qui est brave, patriotique et indigné voulait marcher d’accord. C’est là malheureusement qu’est la difficulté, et c’est parce que les Français sont travaillés par trop d’idées et de systèmes différents que vous voyez cette République s’arrêter éperdue dans son mouvement, paralysée et comme étouffée par ses palpitations secrètes, et tout à coup si impuissante ou si préoccupée, qu’elle laisse une immonde camarilla prendre le gouvernail et commettre en son nom des iniquités impunies. Je crois que vous ne faites pas assez la distinction frappante qui existe entre les autres nations et nous.

L’idée est une en Italie, en Pologne, en Hongrie, en Allemagne peut-être. Il s’agit de conquérir la liberté. Ici, nous rêvons davantage, nous rêvons l’égalité ; et, pendant que nous la cherchons, la liberté nous est volée par des larrons qui sont sans idée aucune et qui ne se préoccupent que du fait. Nous, nous négligeons trop le fait de notre côté, et l’idée nous rend bêtes. Hélas ! ne vous y trompez pas. Comme parti républi-