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Page:Sand - Correspondance 1812-1876, 3.djvu/141

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CORRESPONDANCE DE GEORGE SAND

cela peut éclater d’un moment à l’autre. Tu ne lis pas les journaux peut-être ; mais, si tu suivais les discussions orageuses de l’Assemblée, tu verrais que chaque jour, chaque heure fait naître un incident qui est comme un brandon lancé sur une poudrière.

Reviens donc, je t’en prie ; car je n’ai que toi au monde, et ta fin serait la mienne. Je peux encore être d’une petite utilité à la cause de la vérité ; mais, si je te perdais, bonsoir la compagnie ! Je n’ai pas le stoïcisme de Barbès et de Mazzini. Il est vrai qu’ils sont hommes et qu’ils n’ont pas d’enfants. D’ailleurs, selon moi, ce n’est point par le combat, par la guerre civile que nous gagnerons en France le procès de l’humanité. Nous avons le suffrage universel : malheur à nous si nous ne savons pas nous en servir ; car lui seul nous affranchira pour toujours, et le seul cas où nous ayons le droit de prendre les armes, c’est celui où l’on voudrait nous retirer le droit de voter.

Mais ce peuple, si écrasé par la misère, si brutalisé par la police, si provoqué par une infâme politique de réaction, aura-t-il la logique et la patience vraiment surhumaines d’attendre l’unanimité de ses forces morales ? Hélas ! je crains que non. Il aura recours à la force physique. Il peut gagner la partie ; mais c’est tant risquer pour lui, qu’aucun de ceux qui l’aiment véritablement ne doit lui en donner le conseil et l’exemple. Pour n’être ni avec lui ni contre lui, il faut n’être pas à Paris. Reviens donc, si tu m’en crois ; j’estime qu’il est temps. Ramène aussi Lambert, je le