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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 7, 1854.djvu/48

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LÉLIA.

encore dans cette vie de désenchantement et de lassitude : c’est la souffrance. La souffrance excite, ranime, irrite les nerfs ; elle fait saigner le cœur, elle abrège l’agonie. C’est la convulsion violente, terrible, qui nous relève de terre, et nous donne la force de nous dresser vers le ciel pour maudire et crier. Mourir en léthargie, ce n’est ni vivre ni mourir ; c’est perdre tous les avantages, c’est ignorer toutes les voluptés de la mort !



Pulchérie

« Ici toutes les facultés s’endorment. À un corps infirme où l’âme se soutiendrait vigoureuse et jeune, cet air vif, cette vie agreste, cette absence de sensations violentes, ces longues heures pour le repos, ces frugales habitudes, seraient autant de bienfaits. Mais moi, c’est mon âme qui rend mon corps débile, et, tant qu’elle souffrira, il faudra que le corps dépérisse, quelles que soient les salutaires influences de l’air et du régime animal. Or, cette solitude me pèse à l’heure qu’il est. Étrange chose ! Je l’ai tant aimée, et je ne l’aime plus ! Oh ! cela est affreux, Trenmor !

« Quand toute la terre me manquait, je me réfugiais dans le sein de Dieu. J’allais l’invoquer dans le silence des champs. Je me plaisais à y rester des jours, des mois entiers, absorbée dans une pensée d’avenir meilleur. Aujourd’hui me voilà si usée, que l’espoir même ne me soutient plus. Je crois encore parce que je désire ; mais cet avenir est si loin, et cette vie ne finit pas ! Quoi ! est-il impossible de s’y attacher et de s’y plaire ? Tout est-il perdu sans retour ? Il y a des jours où je le crois, et ces jours-là ne sont pas les plus cruels ; ces jours-là je suis anéantie. Le désespoir est sans aiguillon, le néant sans terreurs. Mais les jours où, avec un souffle tiède de l’air, un rayon pur du matin, se réveille en moi une velléité d’existence, je suis le plus infortuné des êtres. L’effroi, l’anxiété, le doute, me rongent. Où fuir ? où me réfugier ? Comment sortir de ce marbre qui, selon la belle expression du poëte, me monte jusqu’aux genoux, et me retient enchaînée comme le sépulcre retient les morts ?

Eh bien, souffrons ! Cela vaut mieux que de dormir. Dans ce désert pacifique et muet, la souffrance s’émousse, le cœur s’appauvrit. Dieu, rien que Dieu, c’est trop, ou trop peu ! Dans l’agitation de la vie sociale, ce n’est pas une compensation suffisante, une consolation à notre portée. Dans l’isolement, c’est une