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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/211

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HORACE.

mot à dire, un geste à faire, et je serai à tes ordres. Tiens, Marthe, si tu veux, je passerai tous les jours sous ta fenêtre : tu n’as qu’à y attacher un mouchoir, un ruban, un signe quelconque, le même jour tu me verras accourir. Promets-moi cela. »



Cette femme, c’était Marthe. (Page 45.)

Marthe le promit en pleurant ; Arsène ne revint plus. Mais ce n’était pas assez pour satisfaire l’orgueil d’Horace. Un jour que, suivant sa coutume, il avait emmené Marthe chez lui, nous l’attendîmes en vain pour souper, et nous reçûmes d’elle, le soir, le billet suivant :

« Ne m’attendez pas, chers et dignes amis. Je ne rentrerai plus dans votre maison. J’ai découvert que je n’y devais pas mon bien-être à votre seule générosité, mais que Paul y avait longtemps contribué, et qu’il y contribue encore, puisque tous les meubles que vous m’avez soi-disant prêtés lui appartiennent. Vous comprenez que, sachant cela, je n’en puis plus profiter. D’ailleurs, le monde est si méchant qu’il calomnie les affections les plus vertueuses. Je ne veux pas vous répéter les vils propos dont je suis l’objet. J’aime mieux, en les faisant cesser et en m’arrachant avec douleur d’auprès de vous, ne vous parler que de mon éternelle reconnaissance pour vos bontés envers moi, et de l’attachement inaltérable que vous porte à jamais.

« Votre amie, Marthe. »

« Voici encore une lâcheté d’Horace, s’écria Eugénie indignée. Il lui a révélé un secret que j’avais confié à son honneur.

— Ces sortes de choses échappent, malgré soi, dans l’emportement de la colère, lui répondis-je ; et c’est le résultat d’une querelle entre eux.

— Marthe est perdue, reprit Eugénie, perdue à jamais ! car elle appartient sans réserve et sans retour à un méchant homme.

— Non pas à un méchant homme, Eugénie, mais à quelque chose de plus funeste pour elle, à un homme faible que la vanité gouverne. »

J’étais outré aussi, et je me refroidis extrêmement pour Horace. Je pressentais tous les maux qui allaient fondre sur Marthe, et je tentai vainement de les détourner. Toutes nos démarches furent infructueuses. Horace, prévoyant que nous ne lui abandonnerions pas sa proie sans la lui disputer, avait changé immédiatement de domicile