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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/203

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40
HORACE.



Tenez, lui dit-il en lui tendant la lettre. (Page 40.)

Il passa dans mon cabinet, où je venais de rentrer moi-même, et, quelques instants après, Eugénie arriva. « Tenez, lui dit-il en lui remettant la lettre d’Horace, voici une lettre pour Marthe, que j’ai trouvée par terre dans la chambre de mes sœurs. C’est l’écriture de M. Horace ; je la connais.

— Paul, il est temps que je vous parle, dit Eugénie.

— Non, Mademoiselle, c’est inutile, dit Paul ; je ne veux rien savoir. Je ne suis pas aimé ; le reste ne me regarde pas. Je n’ai jamais été importun, je ne le serai jamais. Je n’ai été indiscret qu’avec vous, en vous parlant souvent de moi, et en vous imposant la société de mes sœurs, qui ne vous a pas été toujours des plus agréables. Louison est difficile à vivre ; et l’occasion s’étant présentée de la placer ailleurs, je venais vous dire que, dès demain, je vous en débarrasse, ainsi que de Suzanne, en vous remerciant toutefois des bontés que vous avez eues pour elles, et en vous priant de me garder votre amitié, dont je viendrai toujours me réclamer le plus souvent qu’il me sera possible, tant que M. Théophile ne le trouvera pas mauvais.

— Vos sœurs ne me sont nullement à charge, répondit Eugénie. Suzanne a toujours été fort douce, et Louison l’est devenue depuis quelque temps. Je conçois que vos idées sur l’avenir ayant changé, vous vouliez rompre l’union que nous avions formée sous de meilleurs auspices ; mais pourquoi vous tant presser ?

— Il faut que mes sœurs s’en aillent bien vite, reprit Arsène. Elles ne sont peut-être pas aussi bonnes qu’elles en ont l’air, et je suis tout à fait en mesure de les établir. Écoutez, Eugénie, dit-il en la prenant à part, j’espère que vous garderez Marthe auprès de vous tant qu’elle n’aura pas pris un parti contraire, et que vous veillerez à ce que tous ses désirs soient satisfaits, tant qu’un autre ne s’en sera pas chargé. Voici une partie de la somme que j’ai touchée ce matin ; destinez-la au même usage qu’à l’ordinaire, et, comme à l’ordinaire, gardez mon secret.

— Non, Paul, cela ne se peut plus, dit Eugénie. Ce serait avilir en quelque sorte la pauvre Marthe que de lui rendre encore de tels services après ce que vous savez. Il faut qu’elle apprenne enfin à qui elle doit le bien-être dont elle a joui jusqu’à présent, afin qu’elle vous en rende grâce et qu’elle y renonce à jamais.