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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/147

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TEVERINO.

confie et que votre noble maîtresse, la blanche Phœbé, vous ordonne de garder comme la prunelle de vos yeux.



Teverino poussa rapidement les chevaux à la descente. (Page 30.)

Il déposa Madeleine sur le lit, et dit tout bas à la négresse, en se retirant : — Enfermez-vous, c’est l’ordre de milady.

Léonce affecta une grande indifférence à ce qui se passait autour de lui, et il suivit nonchalamment Sabina, qui, après avoir vainement attendu qu’il lui offrît son bras, accepta celui du marquis.

Ce dernier paraissait connaître la ville, bien qu’il n’y fût connu de personne, pas même de l’hôte del Leon-Bianco. Il conduisit Sabina prendre des glaces dans un café qui touchait aux vieilles murailles : car c’était une petite place anciennement fortifiée et qui portait encore trace des boulets de la France républicaine. Il fit servir en plein air, sur une plate-forme, d’où l’on dominait les fossés et un pêle-mêle d’antiques constructions massives, rongées de lierre et de mousse. À quelque distance se dressait une tour en ruines, dont la lune argentait la silhouette élancée, et qui servait de repoussoir au vaste paysage perdu dans une vague blancheur. Le ciel était magnifique. Léonce s’éloigna et se mit à errer dans les décombres, plongé, en apparence, dans la contemplation d’une si belle nuit et d’un si beau lieu.

— Je crois bien, dit Teverino en essayant la force de ses doigts sur un débris de ciment qu’il ramassa sous ses pieds, que cette construction est d’origine romaine.

— Je n’en veux rien savoir, répondit Sabina ; j’aime mieux n’en pas douter, et rêver ici un passé grandiose, que de faire des observations archéologiques. On ne jouit de rien quand on veut s’assurer de quelque chose.

— Eh bien, vous êtes dans la vraie poésie, admirable Française ! s’écria Teverino en s’asseyant vis-à-vis d’elle, et je veux me perdre avec vous dans ce paradis de l’intelligence où le divin Alighieri fut introduit par la divine Béatrix. Quand cette comparaison m’est venue tantôt sur les lèvres, je ne me rendais pas compte de la justesse de mon inspiration. Oui, vous avez la lumière de l’esprit jointe à l’idéale beauté, et jamais je n’ai rencontré de femme aussi extraordinaire que vous. C’est la première fois que je quitte l’Italie, et je n’y avais pas connu de Française essentiellement différente de nos femmes, comme vous l’êtes. La femme du Midi a bien des instincts de poète ou d’artiste, mais dans le caractère plus que