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Page:Sand - Œuvres illustrées de George Sand, vol 4, 1853.djvu/107

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CORA.

tionnée, souple comme un oiseau, mais lente et fière comme une dame romaine. Elle était extraordinairement brune pour le climat tempéré où elle était née ; mais sa peau était fine et unie comme la cire la mieux moulée. Le principal caractère de sa tête régulièrement dessinée, c’était quelque chose d’indéfinissable, de surhumain, qu’il faut avoir vu pour le comprendre ; des lignes d’une netteté prestigieuse, de grands yeux d’un vert si pâle et si transparent qu’ils semblaient faits pour lire dans les mystères du monde intellectuel plus que dans les choses de la vie positive ; une bouche aux lèvres minces, fines et pâles, au sourire imperceptible, aux rares paroles ; un profil sévère et mélancolique, un regard froid, triste et pensif, une expression vague de souffrance, d’ennui et de dédain ; et puis des mouvements doux et réservés, une main effilée et blanche, beauté si rare chez les femmes d’une condition médiocre ; une toilette grave et simple, discernement si étrange chez une provinciale ; surtout un air de dignité calme et inflexible qui aurait été sublime sous la couronne de diamants d’une reine espagnole, et qui, chez cette pauvre fille, semblait être le sceau du malheur, l’indice d’une organisation exceptionnelle.



Elle lisait. (Page 106.)

Car c’était la fille… le dirai-je ? il le faut bien : Cora était la fille d’un épicier.

Ô sainte poésie, pardonne-moi d’avoir tracé ce mot ! Mais Cora eût relevé l’enseigne d’un cabaret. Elle se fût détachée comme l’ange de Rembrandt au-dessus d’un groupe flamand. Elle eût brillé comme une belle fleur au milieu des marécages. Du fond de la boutique de son père, elle eût attiré sur elle le regard du grand Scott. Ce fut sans doute une beauté ignorée comme elle qui inspira l’idée charmante de la belle fille de Perth.

Et elle s’appelait Cora ; elle avait la voix douce, la démarche réservée, l’attitude rêveuse. Elle avait la plus belle chevelure brune que j’aie vue de ma vie, et seule, entre toutes ses compagnes, elle n’y mêlait jamais aucun ornement. Mais il y avait plus d’orgueil dans le luxe de ses boucles épaisses que dans l’éclat d’un diadème. Elle n’avait pas non plus de collier ni de fleurs sur la poitrine. Son dos brun et velouté tranchait fièrement sur la dentelle blanche de son corsage. Sa robe bleue la faisait pa-