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POLYPHÈME

La broussaille s’anime et les feuilles frissonnent ;
Jusqu’à l’aube, entr’ouvrant les arbres, les Sylvains
Avec les chèvres-pieds mènent leurs jeux divins ;
Les rochers sont vivants ; de grands éclats de rires
Sortent des antres noirs où dansent les Satyres,
Et la Sirène bleue, en nageant sur le bord,
Laisse traîner sa voix comme un grand filet d’or !…
Même on entend parfois un bruit de meute en chasse
Là-haut, les nuits d’hiver… Et c’est Diane qui passe.

Galatée

T’arriva-t-il jamais de voir les dieux de près ?

Acis

Oui, j’ai vu Pan, un soir… j’étais seul, dans les prés ;
On eût dit un grand bouc. Sa poitrine était brune ;
Les cornes découpaient leurs pointes sur la lune.
Des bêtes l’entouraient en cercle. Un jet de feu
Sortait de sa prunelle, et je tremblais un peu.

Galatée

Moi, je mourrais de peur d’une telle aventure…
Que fais-tu ?

Acis

Que fais-tu ? Je dénoue un peu ta chevelure ;