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PORT-ROYAL.

est un. » Puis, étant sorti, il rencontra notre médecin, qui lui demanda ce qu’il venoit de faire à la maison, et, lui ayant raconté, il ajouta : « Mais, je vous prie, Monsieur, ne faisons point de bruit, car vous savez l’état de cette Maison. » Quelques jours après, il lui prit une fièvre continue, au troisième jour de laquelle il lui vint une pensée qu’il avoit tort de ne pas attester et publier ce miracle ; et, étant guéri, il l’a publié avec tant de zèle qu’il l’a persuadé à tout le monde, principalement à la Cour. Plusieurs médecins et chirurgiens sont venus voir l’enfant, et sur le rapport de M. Dalencé et de M. Gressé (autre chirurgien), qui l’avoit aussi vue quantité de fois dans son mal, ils ont attesté le miracle ; de sorte que c’est un concours continuel de personnes qui viennent révérer la Sainte-Épine et voir l’enfant. … Tant y a, que nous ne savons pas si Dieu s’est voulu servir de ce miracle ; mais il semble qu’on s’adoucit pour nous. On a permis à mon frère d’Andilly de revenir, et on ne parle plus de nous ôter nos Confesseurs. Enfin c’est une trêve que Dieu nous donne pour nous disposer à mieux souffrir, quand il lui plaira que la tempête recommence. En attendant, nous continuerons à prier Dieu pour Votre Majesté[1]. »

Cet attouchement par la Relique avait eu lieu au monastère de Paris le vendredi 24 mars, le jour même où, après tous les autres solitaires, M. d’Andilly s’apprêtait à sortir le dernier du désert des Champs. La guérison avait mis quelque temps à s’ébruiter, et ce n’était guère que trois semaines après qu’avait commencé l’éclat.

On a une lettre de la sœur Jacqueline de Sainte-Euphémie Pascal à madame Périer[2], mère de la mira-

  1. Lettres de la Mère Angélique, tome III, pages 228-232 ; mais, pour cet endroit capital, j’ai restitué le texte plus au naturel d’après le manuscrit de la Bibliothèque du Roi (Résidu S. G. paquet 25, n° 4) ; et en général dans les citations précédentes de ces Lettres, j’ai fait, quand je l’ai cru convenable, de ces légères restitutions qui rendent plus au vrai la physionomie première.
  2. Recueil de plusieurs pièces… Utrecht (1740), pages 283 et suiv. On trouve dans ce Recueil toutes les pièces probatives.