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LE GÉNÉRAL FRANCESCHl-DELONNE. 2m

pour toujours, et l’ombre s’abaissa dans son esprit. Que l’on se figuretce que ce militaire devant-garde, cet infatigable éclaireur devant-poste, devait ressentir d’une inaction qui brisait sa destinée et Penchaînait au moment où elle était en plein essor. Celui qui avait le coup d’œil et la célérité de Pépervier était mis en cage. Qu’y a-t-il de surprenant s’il s’y ronge et s’il en. meurt ? ’ - A

Mais ce qui=le navrait surtout, c’était moins encore l’idée de gloire que le sentiment d’affection. Il aimait sa jeune femme, qui devait elle-même mourir de sa mort. « Je ne souffre que pour elle r» c’étaient par moments les seuls mots qu’il pût prononcer. ’-Le capitaine defiaint-Joseph, beau-frère du maréchai Suchet, fut plus heureux : ’

« Le 26 du mois de septembre (1809), dans l’après-midi, nous étions atable, nous raconte-t-il, lorsque le gouverneur de YAIhambra, qui rarement était venu nous voir, suivi de l’adjudant et de l’officier de garde, entra dans notre appartement, et me montrant une lettre : à Vous partez pour être échangé, » me dit-il. — « Nous partons ! » m’écriai-je aussitôt en me jetant au cou du général et lui remettant, sans Pouvrir, une lettre de ma sœur (MHW la maréchale Suchet), dont j’avais reconnu l’écriture. — « Vous partez seul, n me dit le général en me la rendant. Ces mots brisèrent mon âme, ma joie disparut ; il me sembla que je ne partais plus, et je n’éprouvai d’autre émotion de plaisir, en lisant la lettre de ma sœur, écrite de Saragosse, que celle d’avoir des nouvelles de ma famille et d’apprendre qu’elles étaient satisfaisantes

«.J’essayerais’en vain de décrire les combats continuels qui, pendant les deux jours que je restai encore dans