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véritable modèle, mais il ne savait pas que c’était le présent que l’on voulait lui faire et comme la jeune fille fit dire qu’elle ne pouvait se débarrasser ce matin-là de ses parents et qu’on ne l’attendait pas, la Guérin, qui savait que Dupont ne m’avait jamais vue, m’ordonne tout de suite de m’habiller en bourgeoise, d’aller prendre un fiacre au bout de la rue et de débarquer chez elle, un quart d’heure après que Dupont serait entré, en jouant bien mon rôle et me faisant passer pour une apprentisseuse en modes. Mais par-dessus tout soin le plus important à remplir fut de me remplir sur le champ l’estomac d’une demie livre d’anis, par-dessus laquelle j’avalai un grand verre d’une liqueur balsamique qu’elle me donna, et dont l’effet devait être celui que vous allez entendre. Toute à l’heure, tout s’exécute au mieux, on avait eu heureusement quelques heures à soi, moyennant quoi rien ne manqua. J’arriva d’un air bien, mais on me présente au financier, qui d’abord me lorgne attentivement, mais comme je m’observais avec la plus scrupuleuse attention, il ne peut rien découvrir en moi, qui démentait l’histoire qu’on lui fabriquait. „Est-elle pucelle ?“ dit Dupont. — „Non par là,“ dit Guérin, en mettant la main sur mon ventre, „mais pour l’autre côté je réponds.“ — Et elle mentait bien impudemment, n’importe, notre homme s’y trompe et c’est tout ce qu’il fallait. — „Troussez, troussez,“ dit Dupont et la Guérin leva mes jupes par derrière, me pencha un peu sur elle et découvrit par ce moyen au libertin le temple entier de son hommage. — Il lorgne, il touche un moment mes fesses, ses deux mains les écartent et, content sans doute de son examen, il dit, que le cul est bien et