Page:Sévigné - Lettres, éd. Monmerqué, 1862, tome 7.djvu/527

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

1686 de savoir si la Jarie est hors de cette maison, où depuis longtemps il fait si mal nos affaires et les siennes. Je suis tout à vous,

Sévigné.



1001. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU PRÉSIDENT DE MOULCEAU.
À Livry, 25e octobre 1686.

J’ai reçu, Monsieur, votre lettre : elle s’est présentée à moi comme si vous vouliez me faire quelque honte de mon silence, et me faire croire que j’ai été malade, pour rentrer en discours avec moi. Elle m’a fait souvenir d’une jolie comédie, où quelqu’un qui veut avoir un éclaircissement avec celle qui entre, lui fait croire qu’elle l’appelle et rentre ainsi en conversation. Si vous avez eu le même dessein, je vous en rends mille grâces, Monsieur, et je ne puis jamais comprendre comme vous estimant comme je fais, me souvenant de vous avec tant d’agrément, en parlant si volontiers, ayant tant de goût pour votre esprit et pour votre mérite, pour ne rien dire de plus, crainte des jaloux[1], je puisse, avec toutes ces choses, si propres à faire un commerce, vous laisser sept ou huit mois sans vous dire un mot : cela est épouvantable ; mais qu’importe ? demeurons dans ce libertinage, puisqu’il est compatible avec tous les sentiments que je viens de vous dire.

J’ai vu M. de la Trousse ; nous parlâmes de vous, un moment après nous être embrassés ; je le trouvai, par ce qu’il m’a dit, fort digne de l’estime que vous paroissez

  1. Lettre 1001. — 1. Nouvelle allusion à la prétendue jalousie de Corbinelli.