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ou la mort, car les avis ne font rien contre l’impétuosité du tempérament.

Je vous rends mille grâces, ma chère cousine, de la part que vous prenez à ma famille, et surtout de votre tendresse pour la pauvre Coligny ; elle sent cela comme elle doit, et tous deux nous vous aimons, vous et Mme de Grignan, plus que tous nos parents ensemble.


988. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ AU PRÉSIDENT DE MOULCEAU.

À Paris, le 3e avril 1686.

Il y a dix jours, Monsieur, que ma belle et triomphante santé est attaquée : un peu de colique composée de bile, de néphrétique[1], de misères humaines ; enfin des attaques, quoique légères, qui font penser que l’on est mortelle : c’est ce qui m’a occupée assez sérieusement pour me faire une violente distraction, et m’empêcher de vous répondre. C’est tout ce que je puis dire pour vous donner une grande opinion de cette incommodité ; car la pensée de vous répondre étoit assez forte pour ne pouvoir être surmontée que par quelque chose de considérable. Par bonheur, M. de Vardes m’a rendu notre ami dans ce même temps, de sorte que sa philosophie, déjà toute préparée pour les douleurs de M. de Vardes, n’a pas fait le moindre effort pour me persuader que les miennes n’étoient pas dignes d’occuper mon âme ; et en effet, en peu de jours, je me trouve en état de prêcher les autres, et je reprends doucement le fil de mon carême, interrompu

  1. Lettre 988. — 1. Il y a néphrétiques, au pluriel, dans la première édition (1773).