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1683

919. — DU COMTE DE BUSSY RABUTIN À MADAME DE SÉVIGNÉ ET À CORBINELLI.

Le même jour que je reçus cette lettre, je fis cette réponse à Mme de Sévigné.

À Bussy, ce 28e octobre 1683.

à madame de sévigné.

Vous êtes foible, Madame, parce qu’on vous a élevée à la foiblesse. Si vous aviez été nourrie dans la pensée que votre honneur consistoit à tuer les hommes, comme vous l’avez été dans celle qu’il consiste seulement à ne les pas aimer, je suis assuré que vous seriez aussi brave qu’une amazone. Mais avec tout cela les femmes ont de la fermeté aux occasions, aussi bien que les hommes, et quand vous vous défiez de votre courage, c’est que la fortune ne vous a pas mise[1] à l’épreuve. Vous n’avez jamais eu d’adversités, et cela fait que vous ne savez pas[2] toutes les vertus dont vous êtes capable. Pour moi, Madame, je crois que j’étois né aussi foible que vous ; mais la profession de guerre que j’ai faite dès ma tendre jeunesse, et celle d’être malheureux toute ma vie, m’ont tellement endurci, que je ne sens plus ce qui abat la plupart des autres hommes.

Le père et la fille vous accordent la prière que vous leur faites d’être toujours l’un à l’autre la consolation de leur vie[3], et vous assurent outre cela qu’ils n’aiment rien plus que vous.


à corbinelli.

Ma chère cousine n’est pas si foible qu’elle dit, Mon-

  1. Lettre 919. — 1. Les deux manuscrits donnent mis, sans accord.
  2. 2. « …et vous ne savez pas. » (Manuscrit de la Bibliothèque impériale.)
  3. 3. Ici encore notre manuscrit porte leurs vies, au pluriel. Voyez p. 242, la note 4 de la lettre précédente. »