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1681

874. — DU COMTE DE BUSSY RABUTIN À MADAME DE SÉVIGNÉ.
Le même jour que j’eus reçu cette lettre, j’y fis cette réponse.

À Autun, ce 17e janvier 1681.

Con licentia, Signora[1], nous nous sommes bien moqués de votre crainte, votre nièce et moi. Le Roi admirera vos lettres, ma chère cousine, et croira par tout ce qu’il verra de notre commerce, que le nom de Rabutin que nous portons tous deux, et l’agrément de nos esprits, font toute notre liaison. Je vous montrerai cela quand nous nous verrons[2], et vous serez ravie de voir que ne croyant réjouir que votre parent et votre ami, vous ayez diverti le plus honnête homme et le plus grand roi du monde.

Je n’ai pas touché à vos lettres, Madame : le Brun ne toucheroit pas à un ouvrage du Titien[3], où ce grand homme auroit eu quelque négligence. Cela est bon aux ouvrages des médiocres génies[4] d’être revus et corrigés. J’ai supprimé seulement de certaines choses qui, quoique belles, ne seroient peut-être pas du goût du maître. Enfin, ma chère cousine, soyez persuadée que je ne vous ai point fait de méchante affaire à la cour, et qu’en y donnant encore plus d’estime de votre esprit qu’on n’y en avoit, je n’ai point diminué celle de votre vertu. Du

  1. Lettre 874. — 1. Avec votre permission, Madame. — On écrirait aujourd’hui licenzia (ou licenza).
  2. « Je vous montrerai cela au mois d’avril prochain que nous irons à Paris. » (Manuscrit de la Bibliothèque impériale) — À la fin de l’alinéa, les mots « le plus honnête homme et » manquent dans ce manuscrit.
  3. 3. « À un original du Titien. » (Manuscrit de la Bibliothèque impériale)
  4. 4. « des petits génies. » (Ibidem)