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crivez que deux mots, renoncez à l’écriture, épargnez sur moi : cela me fait horreur d’imaginer que ce sont ceux qui vous aiment, et que vous aimez, qui nuisent à votre santé[1].


1680

780. — DE MADAME DE SÉVIGNÉ À MADAME DE GRIGNAN.

À Paris, vendredi 9e février.

Je vous trouve, ma chère belle, en plein carnaval : vous faites de petits soupers particuliers de dix-huit ou vingt femmes ; je connois cette vie et la grande dépense que vous faites à Aix ; mais il me paroit qu’au milieu de votre bruit vous vous reposez fort bien. On dit quelquefois : « Je me veux réjouir pour mon argent ; » mais vous dites, ce me semble : « Je me veux reposer pour mon argent ; » reposez-vous donc, ayez au moins cela de bon. Je suis un peu étonnée que l’air du menuet ne vous donne pas la moindre tentation : quoi ! pas une seule agitation dans les jambes ? pas un petit mouvement dans les épaules[2] ? quoi ! rien du tout ? Mon enfant, cela n’est pas naturel : je ne vous ai jamais vue immobile dans ces occasions ; et si je voulois tirer les conséquences ordinaires, je vous croirois plus malade que vous ne dites.

Il y eut hier au soir une fête extrêmement enchantée à l’hôtel de Condé. Mme la princesse de Conti nommoit une des filles[3] de Monsieur le Duc, avec le prince de la

  1. 27. « Qui détruisent votre santé. » (Édition de 1754.) Ce dernier alinéa ne se trouve pas dans notre manuscrit.
  2. Lettre 780. 1. Ce membre de phrase manque dans le texte de 1737.
  3. 2. « Le 8e de ce mois, dit la Gazette du 24 février, Mlle de Montmorency, fille du duc d’Enghien {née le 24 février 1678, et nommée plus tard Mlle d’Enghien), fut baptisée dans la chapelle de l’hôtel de