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gaillard qui a fait des visites avant que l’on soit éveillé à Paris[1], nous voyons un archevêque d’Aix, nous voyons un homme dont nous avons besoin pour l’abbé de Grignan, et nous concluons que si Monsieur d’Uzès peut dans le pays faire une bonne et solide paix, ce sera l’avantage de tous les deux partis. Il n’en est nulle question ici. Plût à Dieu que vous y fussiez pour voir les choses comme nous les voyons !

Vous me dépeignez fort bien ce bel esprit guindé : je ne l’aimerois pas mieux que vous, mais je ne serois point étonnée que le comte de Guiche s’en accommodât[2] ; vous avez tous deux raison.

À propos d’esprit désagréable, M. de la Rochefoucauld est retombé dans une si terrible goutte, dans une si terrible fièvre, que jamais vous ne l’avez vu si mal : il vous prie d’avoir pitié de lui : je vous défierois bien de le voir sans avoir envie de pleurer.

Ma très-chère enfant, je vous quitte, et après avoir souhaité un cœur adamantino[3], je m’en repens : je serois très-fâchée de ne vous pas aimer[4] autant que je vous aime, quelque douleur qu’il m’en puisse arriver : ne le souhaitez plus aussi ; gardons nos cœurs tels qu’ils sont ; vous savez bien ce qui seul peut toucher le mien. J’embrasse M. de Grignan, je le remercie de ses jolis remerciements et de ses exclamations.

Il peut s’assurer que je ne quitterai jamais le service de son royaume de Micomicona[5]. Je vous prie, ne me remerciez plus des bagatelles que je vous donne, plaignez--

  1. 25. Voyez les lettres du 27 novembre 1673 et du 24 juillet 1675.
  2. 26. Voyez tome II, p. 471, note 14.
  3. 27. Voyez tome II, p. 530 et 542.
  4. 28. Dans le manuscrit : « très-fâchée que vous ne m’aimassiez pas, etc. »
  5. 29. Voyez tome II, p. 135, note 4.