Ouvrir le menu principal

Page:Sénèque - Oeuvres complètes, trad Charpentier, Tome III, 1860.djvu/9

Cette page n’a pas encore été corrigée


ARGUMENT

Helvie, mère de Sénèque, avait été frappée de tous les coups qui peuvent briser le cœur d’une femme sensible et tendre, et dont tous les sentiments sont des vertus. Dans l’espace de quelques mois, elle avait perdu un oncle qu’elle chérissait, puis son mari, puis trois de ses petits-fils ; enfin, vingt jours s’étaient écoulés depuis les funérailles du fils de Sénèque, lorsque leur père, mêlé dans une intrigue de cour au commencement du règne de Claude, fut séparé d’elle par l’exil. Sénèque, apprenant, du fond de la Corse, qüe sa mère était inconsolable de sa disgrâce, lui écrivit cette Consolation, dans laquelle il a rassemblé tout ce que le raisonnement philosophique et l’expression des sèntiments de tendresse filiale ont de plus fort contre la douleur. Cet. ouvrage, écrit dans la situation la plus cruelle, est plein d’âme et d’éloquence : le beau génie du philosophe s’y montre tout entier, et, sans le souvenir importun de quelques traits de la vie de Sénèque, on pourrait croire que le cœur le plus tendre et le plus sensible a conduit sa plume ; mais nous en savons trop sur le précepteur de Néron, pour nous laisser surprendre à l’expansion factice d’une sensibilité qu’on chercherait vainement dans sa conduite. Qui pourrait, en effet, se persuader que celui qui, sous Néron, trempa dans le meurtre d’Agrippine, qui ensuite en fit l’apologie officielle, fut un bon fils ? Ce sont, dans une vie, des taches indélébiles, et il a fallu toute la préoccupation des commentateurs et des interprètes de Sénèque, toute la mauvaise foi sophistique de Diderot, pour aider le public à confondre le philosophe si bien disant, avec l’homme de vertu pratique. Sous le rapport littéraire, aucune ^restriction ne saurait être apportée aux éloges qui ont été faits de ce morceau. Répétons avec Juste Lipse : « Le style de ce livre est pur, châtié ; les idées sont bien présentées, les preuves méthodiquement arrangées ; le tout est bien pensé ; » — avec la Beaumelle : « Cette pièce est un chef-d’œuvre au gré des connaisseurs. Ce qui en relève le prix, c’est que l’auteur ne l’avait point destinée à voir le jour ; car il n’y parle que de ce qui peut consoler sa mère, et il n’est question ni de rappel ni d’innocence ; » — avec Diderot : « Sénèque s’y montre sous une multitude de formes diverses : il est érudit, naturaliste, philosophe, historien, moraliste, religieux, sans s’écarter de son sujet ; c’est parce que tout serait à citer dans ce bel écrit, que j’en citerai peu de chose. » — Enfin, avec l’auteur de YHis-