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Page:Sénèque - Oeuvres complètes, trad Charpentier, Tome III, 1860.djvu/35

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n homme juste, mais la justice elle-même. Cependant il se trouva un misérable pour lui cracher au visage; affront d'autant plus révoltant, qu'il ne pouvait partir que d'une bouche impure. Aristide se contenta de s'essuyer le front, et dit en souriant au magistrat qui l'accompagnait: "Avertissez cet homme de bâiller désormais avec plus de décence." C'était outrager l'outrage même.

[13,8] Il en est, je le sais, qui regardent le mépris comme le malheur le plus insupportable et lui préfèrent la mort. Je leur répondrai que l'exil est souvent à couvert de tous les mépris. Un grand homme qui tombe est encore grand après sa chute: il n'est pas plus exposé à vos mépris que les ruines des temples qu'on foule aux pieds, et que la piété honore autant que s'ils étaient debout.

[14,1] Puisque, de mon côté, ma tendre mère, vous n'avez rien qui vous fasse verser éternellement des larmes, il faut que vos motifs d'affliction vous soient personnels. Or ils peuvent se réduire à deux: ou vous regrettez en moi un appui, ou vous ne pouvez supporter mon absence.

[14,2] Le premier point ne demande qu'à être effleuré: je connais votre cœur; vous n'aimez votre famille que pour elle-même. Laissons les motifs d'intérêt à ces mères qui, par de bizarres caprices, abusent de la puissance de leurs enfants; à ces mères qui, exclues par leur sexe de la carrière des honneurs, font servir d'instruments à leur ambition leur fils, dont elles dissipent le patrimoine, dont elles cherchent à capter la succession, et fatiguent l'éloquence en faveur de leurs propres créatures.

[14,3] Pour vous, ma mère, toujours heureuse de la fortune de vos enfants, vous n'en avez jamais usé. Sans cesse vous avez mis des bornes à leur libéralité, sans en mettre à la vôtre. Encore sous la tutelle de vos parents, vous avez pris