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Page:Sénèque - Oeuvres complètes, trad Charpentier, Tome III, 1860.djvu/295

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initiés. Aucun siècle ne nous est interdit : tous noirs sont ouverts ; et si la grandeur de notre esprit nous porte à sortir des entraves de la faiblesse humaine, grand est l’espace de temps que nous pouvons parcourir.

(2) Je puis discuter avec Socrate, douter avec Carnéade, jouir du repos avec Épicure ; avec les stoïciens, vaincre la nature humaine ; avec les cyniques, dépasser sa portée ; enfin, marcher d’un pas égal avec la nature elle-même, être contemporain de tous les siècles. Pourquoi, de cet intervalle de temps si court, si incertain, lie m’élancerais-je pas vers ces espaces immenses, éternels, qui me mettraient en communauté avec les meilleurs des hommes ?

(3) Les insensés, qui sans cesse en démarche pour rendre de vains devoirs, tourmentants pour eux et pour les autres, se seront livrés tout à leur aise à leur manie, auront été frapper chaque jour à toutes les portes, n’auront passé outre devant aucune de celles qu’ils auront trouvées ouvertes, et auront colporté dans toutes les maisons leurs hommages intéressés, combien de personnes auront-ils pu voir dans cette ville immense et agitée de tant de passions diverses ?

(4) Combien de grands dont le sommeil, les débauches ou la dureté les auront éconduits ? combien, après les ennuis d’une longue attente, leur échapperont en feignant une affaire pressante ? combien d’autres, évitant de paraître dans le vestibule rempli de clients, s’échapperont par quelque issue secrète, comme s’il n’était pas plus dur de tromper que de refuser sa porte ! combien à moitié endormis et la tête encore lourde des excès de la veille, entrouvriront à peine les lèvres pour balbutier, avec un bâillement dédaigneux, gueux, le nom mille fois annoncé de ces infortunés, qui ont hâté leur réveil pour attendre celui des autres !