Page:Ségur - Les petites filles modèles.djvu/234

Cette page a été validée par deux contributeurs.

misère de cette pauvre petite vieille, et pour lui proposer d’aller la voir et la secourir.

Marguerite.

Je ne demande pas mieux ; allons-y tout de suite, si maman le permet, et emmenons avec nous Camille, Madeleine et Élisa.

Sophie.

Mais non, Marguerite, il ne faut en parler à personne, cela sera bien plus beau, bien plus charitable, d’aller seules, de ne nous faire aider de personne, de donner à cette petite mère Toutain l’argent que nous avons pour nos gâteaux et nos plaisirs. Moi, j’ai trois francs vingt centimes dans ma bourse ; et toi, combien as-tu ?

Marguerite.

Moi, j’ai deux francs quarante-cinq centimes. Je sais bien que nous sommes riches ; mais pourquoi est-ce mieux, pourquoi est-ce plus charitable de nous cacher de Mme de Fleurville, de maman, de Camille, de Madeleine, et d’aller seules chez cette bonne femme ?

Sophie.

Parce que j’ai entendu dire, l’autre jour, à ta maman, qu’il ne faut pas s’enorgueillir du bien qu’on fait, et qu’il faut se cacher pour ne pas en recevoir d’éloges. Alors, tu vois bien que nous ferons mieux de nous cacher pour faire la charité à cette bonne vieille.