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Marguerite la regardait faire avec surprise ; jamais elle n’avait vu manger avec une telle voracité, avec une telle promptitude ; enfin, quand Sophie ne put plus avaler, elle poussa un soupir de satisfaction et essuya sa bouche avec des feuilles.

Marguerite.

Pourquoi t’essuies-tu avec des feuilles ?

Sophie.

Pour qu’on ne voie pas de taches de cassis à mon mouchoir.

Marguerite.

Qu’est-ce que cela fait ? Les mouchoirs sont faits pour avoir des taches.

Sophie.

Si l’on voyait que j’ai mangé du cassis, on me punirait.

Marguerite.

Quelle idée ! on ne te dirait rien du tout ; nous mangeons ce que nous voulons.

Sophie, étonnée.

Ce que vous voulez ? et vous n’êtes jamais malades d’avoir trop mangé ?

Marguerite.

Jamais ; nous ne mangeons jamais trop, parce que nous savons que la gourmandise est un vilain défaut.

Sophie, qui sentait combien elle avait été gourmande, ne put s’empêcher de rougir, et voulut détourner l’attention de Marguerite en lui propo-