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MARGUERITE COPPIN 43

N’avez—vous pas baisé des yeux brillants et doux ; N’avez-vous pas pressé dans vos deux mains, à vous, Des mains qui se tendaient toutes à vos tendresses ?… N’avez-vous pas rêvé, le soir, à cœur gonflé Tout vibrant de bonheur récent, tout affolé De penser, les yeux clos, aux futures ivresses ? N’avez-vous donc cueilli la fleur d’or de l’amour Que pour la voir faner et pâlir en un jour Que pour que son arôme ineffable s’efface ?… Que pour fouler aux pieds ses pétales brisés. Et maudire et railler tous les cœurs abusés Qui n’ont pas su garder la fleur fraîche et vivace ? Eh ! bien, non, je ne puis vous comprendre, hé bien non ! Car si l’amour demain devait fuir — oh ! pardon, J’ai peur de t’offenser, dieu cher que je blasphème ! — Le parfum de la fleur embaumerait mes jours Et du souvenir doux et cher de mes amours Je ferais du bonheur encor — sans anathème !… Si vous pouvez maudire après avoir aimé Si vous trouvez le mot qui raille ou qui décrie Sur la lèvre qui dit, dans un soupir pâmé, Le mot divin « Je t’aime » à la lèvre chérie !… Si votre cœur regrette un seul de ces instants Qui font toute une vie infiniment heureuse ; Si votre chair est froide aux souvenirs brûlants ; Si rien n’émeut votre âme endormie ou haineuse !… Si vous pouvez lancer des brocarts de mépris A la vie ineffablement belle et sacrée Qui vous donna l’Amour !… le seul trésor sans prix La joie unique, entière, incorruptible et vraie !… En suivant de si bas, votre essor acclamé Dans les cieux où la gloire attend les grandes âmes Je vous le dis, ô grands ! en vos beaux vers de flammes Vous avez dit l’amour :

Vous n’avez pas aimé !

(Poèmes de femme.)