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LES MUSES FRANÇAISES

Ton front s’appuyait au mien ; qu’ est-il venu de ta vie vers ma vie dans cet éclair de radieuse pureté ? Dis-moi Sylvius, quel dieu puissant nous a prêté alors un moment de sa divinité.

Que mon âme murmure autour de ton âme comme une abeille autour d’un calice parfumé. Que mon amour coule dans ton cœur, comme à travers les menthes bleues, la source innocente qui vit au soleil. Que ma pensée soit une colombe blanche posée sur ta pensée.

Et que ta vie se referme sur ma vie, comme le cristal sur la goutte d’eau prisonnière qu’il garde depuis de milliers d’années.

VI

Tu ne me diras pas : Non.

Souviens-toi que j’ai baisé tes lèvres, afin qu’il ne leur échappe que des paroles de douceur. Tu ne laisseras pas monter la colère dans tes yeux. Souviens-toi que j’ai baisé tes paupières, pour que ton regard soit une caresse sur le mien. Tu ne lèveras pas le doigt qui me menace. Souviens-toi que j’ai baisé tes mains, afin qu’elles ne retiennent que des gestes de tendresse. Tu ne t’éloigneras pas de moi. Souviens-toi que j’ai baisé tes pieds, pour qu’ils reviennent fidèles vers ma maison. Tu fermeras ton cœur à l’amour d’autres femmes. Souviens-toi que j’ai baisé ton cœur à travers ta poitrine, afin qu’il soit à moi par delà le tombeau. VII

Je ne te dirai plus combien je t’aime, Sylvius, je ne sais plus.

Je poserai ma joue sur l’écorce du chêne, l’arbre de force et de fierté, je lui dirai : Que ta feuille s’envole pour lui porter l’orgueil die mon amour. J’irai vers le bouleau délicat qui palpite, l’arbre rêveur comme un rayon de lune, je lui dirai : Que ta feuille s’en-