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LES MUSES FRANÇAISES


COLLABORATION. — Gazette de Lausanne. — Voile latine (Genève). — Vers et Prose.

CONSULTER. — Gaspard VALLETTE, la Semaine littéraire, 1903 ; la Suisse, 1903. — Ch. Monnier. Journal de Genève, 1903. — O. Seippel, Gazette de Lausanne, 1903. — Gabriel Mourey, Revue universelle, 1903. — Phil. Godet, Bibliothèque Universelle, 1903. — PAuL RoCHATA,Tribune de Lausanne, 1903. — G. Brooke, La Patrie Suisse, 1903. — Paul Perret, Feuille d’Avis de Vevey, 1903. — Ph. Lebesque, La Phalange, février 1908. — Jules Bertaut, La Chronique des Lettres françaises, février 1908.

I


JE T’AIME !


Personne ne m’a appris ce mot. Je l’ai senti venir des profondeurs de ma chair, monter de mon sang à mes lèvres et s’envoler vers ta jeunesse et la force féconde qui est en toi.

Je l’ai entendu sortir de ta bouche avec ivresse. C’est un oiseau doré qui s’est posé sur mes yeux, si doucement d’abord, et puis si lourdement que tout mon être en a chancelé.

Et je me suis abattue dans tes bras, tes grands bras où je me sens fragile et protégée.

La parole qui promet et qui livre, la parole sacrée jaillie de notre vie ardente, planait sur nos têtes dans un clair rayon. Sylvius ! te souviens-tu ?

Alors j’ai vu passer l’Heure, l’Heure unique qui nous souriait et levait dans ses mains un caillou blanc.

Sur sa tunique, une à une, lentement les roses de son front s’effeuillaient.

J’ai vu cela à travers mes paupières fermées, la joue appuyée contre ton cœur qui marque des secondes éblouissantes, comme un balancier de rubis.


II


J’ai regardé ton corps debout, simple et altier comme un pilier d’ivoire, ambré comme un rayon de miel.

Je l’ai regardé, les mains croisées sur mes genoux, sans l’effleurer, dans la contemplation fervente de sa splendeur, et je l’ai aimé avec mon âme plus passionnément.