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J’ose te l’avouer, en un soir hasardeux
Ou l’on s’exprime enfin... Nous t’aimons toutes deux.
 
D’avoir été si près de ta douceur suprême,
Ta robe est ma rivale, et cependant je l’aime...


II


Tu n’aimes déjà plus ta robe de jadis,
Soyeuse et longue ainsi qu’un irréel iris.

Mais moi je l’aime et je la veux et je la garde,
Pour moi, le passé reste et l'autrefois s’attarde.

J’adore ces chers plis du voile transparent
Qui n’enveloppe plus ton corps indifférent.
 
Garde-moi, parfumée ainsi qu’une momie,
Ta robe des beaux jours passés, ô mon amie !


DEVANT L’ÉTÉ

Voici l’été... Les jours sont trop longs, mon amie,
L’ombre tarde... On attend l’heure du grand repos,
Des lys plus odorants, de la cloche endormie,
De la grande fraîcheur des feuilles et des eaux.

Je m’attriste de la clarté qui se prolonge,
Mon cœur est l’ennemi des midis éclatants,
Et malgré que les jours soient beaux comme un beau songe,
Cette heure qui me plaît, je l’attends trop longtemps.

Je le sais, le beau jour dore ta chevelure
Large et blonde et qui se réjouit du soleil,
Mais je préfère à tout cette tristesse pure
Et cet ennui final qui mènent au sommeil.

J’adore ton visage et je préfère l’ombre
Mystérieuse où je ne puis que l’entrevoir...
Je préfère à ton clair regard ton regard sombre,
Belle, tu m’apparais plus belle vers le soir.