Page:Séché - Les Muses françaises, II, 1908.djvu/293

Cette page n’a pas encore été corrigée





BLANCHE SAHUQUÉ




Mme Blanche Sahuqué, née Larronde, est originaire de Bordeaux. Elle n’a publié jusqu’à ce jour qu’un seul recueil de vers, le Chemin solitaire : mais ce volume de début se souligne à l’attention des lettrés par une inspiration déjà très personnelle, en même temps que par un souci et une recherche d’art incontestables. Les vers sont harmonieux, souples, ardents. Des stances idylliques, des sonnets d’un rythme hautain ou mélancolique alternent avec des descriptions plus amples, presque toujours frémissantes de vie et de couleur. Il semble que le vers soit, pour Mme Blanche Sahuqué, comme un cri spontané de sa pensée. Il jaillit d’une belle venue lorsqu’elle est émue ou lorsqu’elle exprime un état d’âme violemment ressenti. C’est pourquoi sans doute elle dédaigne de se corriger, de reprendre les vers insuffisamment ciselés qii’, à mon avis, déparent un peu l’ensemble de ses poèmes. Elle se fie uniquement à son inspiration et ne s’attarde pas à vaincre une difificulté d’expression, à éclairer un tour obscur, à découvrir une rime rare, comme le font, avec une patience inlassable, les meilleurs ouvriers du vers. On devine qu’à son sers, cette technique de vi rtuose n’a qu’une importance secondaire. En cela, d’ailleurs, elle se conforme à l’idéal féminin, la forme, le souci artistique passant toujours, chez la femme, après l’expression sincère et spontanée des sentiments. Mme Blanche Sahuqué comme beaucoup d’autres, se contente donc d’une certaine harmonie et d’une certaine sentimentalité qui donnent à son œuvre un charme un peu vague. Et, en vérité, onjie peut se défendre de regretter qu’elle ne se méfie pas davantape de sa facilité, de ses dons naturels. N’est-ce point elle qui écrit, à la fin d’un beau sonnet :

Mets ton désir plus haut que le désir humain
Et de ton cœur troublé fais un autel divin…

Et encore, s’adressant à un ouvrier d’art :

Son art simple et fervent veut le doigt plus agile
Et l’esprit se précise en martelint le fer.

Il en est de même en poésie, tout poète gagne à être un artiste sévère et patient.

BIBLIOGRAPHIE. — Le’Chemin solitaire, Sansot et Cie, Paris, 1908, ia-18.

COLLABORATION. — Mercure de France. — La Poétique. — La Française. — La Vie Bordelaise. — Lectures françaises.

CONSULTER. — Mafrice Cabs, Gil Blas, juiUet 1908. — HiaiMANN Tasta, Le Mondain, 1908. — Jean de la Rocca, Vie Bordelaise, 5 juillet 1908.