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LYA BERGER

Mystique comme un temple et douce comme un baume.
Dieu voulut ici-bas lui choisir un royaume.

Il chercha sur quel sol, l’ignorance et le mal
Ayant voilé son nom de l’ombre du blasphème.
La terre avait plus soif d’un rayon d’Idéal...
Hélas ! l’humanité partout souffrait de même.
Dans un égal besoin de sa pitié suprême !

Alors, sacrifiant son rêve à nos désirs,
Pour que chaque détresse eût sa divine obole.
Il effeuilla, pétale à pétale, aux zéphirs,
Les clartés, les parfums de la fleur qui console,
— La fleur de Poésie aux gloires d’auréole

Or, ces fragilités, au gré des vents du ciel.
S’éparpillant au loin en lumineuses miettes
— Nostalgiques errants du jardin fraternel —
A la fois âme et fleur, échos de voix secrètes.
Or, ces fragilités devinrent des poètes...

Et le long des chemins, lorsque ces exilés
Se rencontrent dans le hasard d’un vent propice.
Impérieusement l’un vers l’autre appelés.
Ils vibrent du doux vœu que leurs élans s’unissent
Dans un ressouvenir d’initial calice.


(Les Pierres Sonores.)


CONSOLATION EN DOUBLE EFFIGIE


La fleur d’héliotrope enferme, à peine née.
La plus suave arôme et le plus doux destin
Sous la mélancolie où son calice éteint
Semble à nos yeux l’avoir à jamais condamnée.

Vers le soleil sa tige incessamment tournée
Gravite sur le sol dès l’appel du matin
Et, d’un lent tournoiement, suit le rayon lointain
Dans son cours lumineux à travers la journée.

Ma vie en robe obscure, au parfum si secret.
Dès son éclosion soumise au même attrait.
A fait ainsi de toi son soleil, ô mon Rêve !