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LUCIE FÉLIX-FAURE-GOYAU




Mme Félix-Faure-Goyau (Lucie-Rose-Séraphine-Elise) est la fille de l’ancien Président de la République ; née le 4 mai 1866, elle a épousé un homme de lettres des plus distingués, M. Qoyau.

Mme Félix-Faure-Goyau, précédemment à la publication de son volume de vers La Vie nuancée, avait commencé à se faire connaître comme poète en insérant quelques poésies dans divers journaux et, particulièrement, dans la Revue des Deux Mondes. D’autre part, ses travaux sur Newman et sur Dante nous avaient révélé la haute culture philosophique de son esprit et son sens profond de la beauté littéraire et morale. Les fortes qualités dont elle a témoigné dans ses ouvrages de littérature, nous les retrouverons dans ses poèmes, elle forme le fond même de son beau talent. Or, le talent poétique de Mme Félix-Faure-Goyau est tout intellectuel, artistique et nuancé de philosophie, — une philosophie doucement chrétienne. — < Cette poésie si simple et si fortement religieuse, — écrit M. Emmanuel des Essarts — s’élève dans la région de l’art pur jusqu’aux sommets de l’Idéal. » Sans doute. Il ne faudrait cependant pas s’imaginer que l’auteur de la Vie nuancée est une grande mystique I — pas même une moyenne : c’est seulement une âme sereinement croyante. Il n’y a chez elle ni inquiétude torturante, ni transports extatiques. Sa foi est calme comme elle-même, comme son talent. Ce n’est pas une lyrique ni une passionnée. Elle écrit dans une langue harmonieuse, sonore, précise, et inspirée. Sa pensée, sans avoir cette élévation et cette profondeur qui étonne et subjugue chez les grands poètes, est toujours réfléchie, pleine et forte. — Les beaux vers, les vers admirables même, ne sont pas rares dans l’œuvre de Mme Félix-Faure-Goyau, mais jamais on ne rencontre de ces trouvailles de mots ou d’idée, de ces traits inattendus, spontanés dont les meilleures poétesses contemporaines sont si aisément prodigues. Il manque à ces vers de femme un peu de fantaisie, ils marchent d’un pas trop habituellement grave et majestueux.

« Tout s’éoanouit en symbole ou en image dans les visions de Mme Goyau-Félix-Faure, — dit M. Eugène Gilbert, auquel j’emprunte ces lignes éloquentes — et ces images, peu à peu, sont devenues plus grandioses ou plus graves, comme l’accent même de sa po ? sie, dont, à part quelques-unes, de circonstance, les pièces les plus signiflcativement religieuses comptent parmi les meilleures. Voyageur intrépide, aux curiosités multiples, le poète est venu des jardins fleuris où la gloire des lis, des lauriers et des chrysanthèmes éveilla ses plus attachantes réminiscences classiques, il s’en est venu des salles ombrées où s’attardent les sourires rococo des pastels et l’énigme impassible des miroirs ; il s’en est venu des boudoirs où semble résonner encore, en murmure affaibli, l’ame des clavecins frivoles… Il s’en est venu vers la mer, éternelle vocératrice, et vers les terres légendaires de Grèce et d’Italie… »

J’admire tout le premier, certes, les belles évocations plastiques de l’Antiquité grecque et de la Renaissance Italienne que réalise, dans une