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qui s’abstrait entièrement des idées de bien et de mal, mais également de la croyance mystique que tout est bon dans le monde. De cette façon, la distinction du bien et du mal, de même que le temps, devient tyrannique dans cette philosophie, et introduit dans la pensée l’infatigable puissance de sélection que possède l’action. À ce qu’il semblerait donc, le bien et le mal, comme le temps, ne sont pas des fonctions générales ou fondamentales, mais des organes composés et hautement spécialisés de la hiérarchie intellectuelle.

Nous venons de voir que l’on peut interpréter le mysticisme de manière à conserver cette opinion que le bien et le mal ne sont pas fondamentaux, du point de vue intellectuel ; il faut reconnaître, toutefois, qu’en ce point, nous ne sommes plus formellement d’accord avec la plupart des grands philosophes et des grands apôtres religieux du passé. Je crois cependant qu’une élimination du point de vue moral, en philosophie, constitue, à la fois, une nécessité scientifique, et — quelque paradoxal que cela puisse paraître — un progrès moral. Ces assertions doivent toutes deux être sommairement démontrées.

L’espoir de satisfaire nos désirs plus humains, de démontrer que le monde a telle ou telle signification morale désirable, n’est pas de ceux, à mon avis, que la philosophie puisse satisfaire