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C’est cette unilatéralité (one-sidedness) et non l’instinct lui-même, que la raison a pour but de corriger.

Ces maximes plus ou moins rebattues peuvent être illustrées par leur application au plaidoyer de Bergson en faveur de « l’intuition » contre « l’intelligence ». Il y a, dit-il, « deux manières profondément différentes de connaître une chose. La première implique qu’on tourne autour de cette chose, la seconde, qu’on entre en elle. La première dépend du point de vue où l’on se place et des symboles par lesquels on s’exprime. La seconde ne se prend d’aucun point de vue et ne s’appuie sur aucun symbole. De la première connaissance on dira qu’elle s’arrête au relatif ; de la seconde, là où elle est possible, qu’elle atteint l’absolu[1]. » Celle-ci, qui est l’intuition, est, dit-il, « cette espèce de sympathie intellectuelle par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable (p. 3). » Il prend pour exemple la connaissance de soi. « Il y a une réalité que nous saisissons tous du dedans, par intuition et non par simple analyse, c’est notre propre personne dans son écoulement à travers le temps. C’est notre moi qui dure (p. 4). » Le reste de la philosophie de Bergson consiste à

  1. Introduction à la Métaphysique (Revue de Métaphysique et de Morale, 1903), p. 1.