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tistères des églises ; telles qu’auprès du cloître, ou sous le charnier de l’Aitre, le petit cimetière qui oublie au soleil, sous ses papillons et ses fleurs, la Fontaine funéraire et la Lanterne des Morts.

Bien plus, ce ne sont pas seulement les phrases qui dessinent à nos yeux les formes de l’âme ancienne. Entre les phrases — et je pense à des livres très antiques qui furent d’abord récités, — dans l’intervalle qui les sépare se tient encore aujourd’hui comme dans un hypogée inviolé, remplissant les interstices, un silence bien des fois séculaire. Souvent dans l’Évangile de saint Luc, rencontrant les deux points qui l’interrompent avant chacun des morceaux presque en forme de cantiques dont il est parsemé[1], j’ai entendu le silence du fidèle, qui venait d’arrêter sa lecture à haute voix pour entonner les versets suivants[2] comme un psaume qui lui rappelait les psaumes plus anciens de la Bible. Ce silence remplissait encore la pause de la phrase qui, s’étant scindée pour l’enclore, en avait gardé la forme ; et plus d’une fois, tandis que je lisais, il m’apporta le parfum d’une rose que la brise entrant par la fenêtre ouverte avait répandu

  1. « Et Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur et se réjouit en Dieu, mon Sauveur, etc... — » Zacharie son père fut rempli du Saint-Esprit et il prophétisa en ces mots : « Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël de ce qu’il a racheté, etc... » « Il la reçut dans ses bras, bénit Dieu et dit : « Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix... »
  2. À vrai dire aucun témoignage positif ne me permet d’affirmer que dans ces lectures le récitant chantât les sortes de psaumes que saint Luc a introduits dans son évangile. Mais il me semble que cela ressort suffisamment du rapprochement de différents passages de Renan et notamment de Saint-Paul, pp. 257 et suiv. ; les Apôtres, pp. 99 et 100 ; Marc-Aurèle, pp. 502, 503, etc.