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Swift obéissait au même sentiment quand il avait coutume dès sa jeunesse (à en croire sa biographie par Walter Scott) de célébrer le jour de sa naissance comme un jour d’affliction. Chacun connaît ce passage de l’Apologie de Socrate où Platon dit que la mort est un bien admirable. Une maxime d’Héraclite était conçue de même: « Vitæ nomen quidem est vita, opus autem mors. » Quant aux beaux vers de Théognis ils sont célèbres : « Optima sors homini non esse, etc. » Sophocle, dans l’Œdipe à Colone (1224), en donne l’abrégé suivant : « Natum non esse sortes vincit alias omnes, etc. » Euripide dit : « Omnis hominum vita est plena dolore (Hippolyte, 189), et Homère l’avait déjà dit : « Non enim quidquam alicubi est calamitosius homine omnium, quotquot super terram spirant, etc. » D’ailleurs Pline, l’a dit aussi : « Nullum melius esse tempestiva morte. » Shakespeare met ces paroles dans la bouche du vieux roi Henri IV : « O, if this were seen — The happiest youth, — Would shut the book aud sit him down and die. » Byron enfin : « Tis someting better not to be. » Balthazar Gracian nous dépeint l’existence sous les plus noires couleurs dont le Criticon, etc.[1] ». Si je ne m’étais déjà laissé entraîner trop loin par Schopenhauer, j’aurais eu plaisir à compléter cette petite démonstration à l’aide des Aphorismes sur la Sagesse dans la Vie, qui est peut-être de tous les ouvrages

  1. Schopenhauer, le Monde comme Représentation et comme Volonté (chapitre de la Vanité et des Souffrances de la Vie).