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vos fils ; reines d’un plus haut mystère pour le monde plus distant de vous qui s’incline et s’inclinera toujours devant la couronne de myrte et le sceptre sans tache de la Femme. Mais, hélas ! trop souvent vous êtes de paresseuses et insouciantes reines, jalouses de votre majesté dans les plus petites choses, pendant que vous l’abdiquez dans les grandes ; et laissant le désordre et la violence faire librement leur œuvre parmi les hommes, au mépris de ce pouvoir que vous avez reçu directement en présent du Prince de toute Paix et que celles d’entre vous qui sont mauvaises trahissent, pendant que celles qui sont bonnes l’oublient.

91. « Prince de la Paix[1] ». Pensez à ce nom. Quand les rois gouvernent en ce nom, et les nobles, et les juges de la terre, eux aussi, dans leur étroit domaine et leur humaine mesure, en reçoivent le pouvoir. Il n’est pas d’autres monarques que ceux-là ; toute autre monarchie que la leur est anarchie[2]. Ceux qui gouvernent vraiment « Dei gratia » sont tous princes, oui, princes et princesses de la Paix. Il n’y a pas une guerre dans le monde, non, pas une injustice, dont vous, femmes, ne soyez responsables ; responsables non de l’avoir provoquée, mais de ne pas l’avoir empêchée. Les hommes, par nature, sont enclins à combattre ; ils combattront pour n’importe quelle cause ou pour aucune. C’est à vous de choisir leur cause pour eux,

  1. Isaïe, ix, 5, Ruskin fait souvent allusion à ce verset, notamment : Bible d’Amiens, IV, 52, Unto this last, § 44, la Couronne d’Olivier sauvage, § 31. (Note du traducteur.)
  2. J’emprunte cette allitération, qui rend assez bien le « rule » et « mis-rule » du texte, à l’Union pour l’action morale (Bulletin du 15 février 1896).