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instinct qui ne peut être étouffé, mais seulement faussé et corrompu si vous le détournez de son but véritable : — de même qu’il y a cet instinct profond de l’amour, qui, justement discipliné, maintient toutes les saintetés de la vie, et, faussement dirigé, les mine toutes ; et doit faire l’un ou l’autre ; — ainsi est-il dans le cœur humain un inextinguible instinct, l’amour du pouvoir, qui, justement dirigé, maintient toute la majesté de la loi et de la vie, et, mal dirigé, les détruit.

87. Profondément enraciné dans la plus intime vie du cœur de l’homme, et du cœur de la femme, Dieu l’a mis là et l’y garde. Vainement autant qu’à tort, vous blâmez et rebutez le désir du pouvoir ! La volonté céleste et l’intérêt humain sont que vous le désiriez de toutes vos forces. Mais quel pouvoir[1] ? Ceci est toute la question.

Pouvoir de détruire ? la force du lion et l’haleine du dragon ? Non certes. Pouvoir de guérir de racheter, de guider, de protéger. Pouvoir du sceptre et du bouclier ; le pouvoir de la main royale qui guérit en touchant, qui enchaîne l’ennemi et délivre le captif ; le trône qui est fondé sur le roc de Justice, et qu’on descend seulement par les marches de la Pitié[2]. Ne convoiterez-vous pas un tel pouvoir, n’aspirerez-vous pas à un trône comme

  1. Comparez Lectures on Art, § 39 : « Vexilla regis prodeunt. » Oui, mais de quel roi ? Il y a deux oriflammes ; laquelle planterons-nous sur les plus lointaines îles, — celle qui flotte dans les flammes du ciel, ou celle qui pend en son vil tissu d’or terrestre ? » (Note du traducteur.)
  2. Allusion probable à I Psaumes, 89, 15, et peut-être aussi à Isaïe, xvi, 5. (Note du traducteur.)