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existence à venir dépend de leur force de résistance à se laisser éblouir.

81. Et donnez-leur enfin non seulement de nobles préceptes, mais de nobles précepteurs. Vous prenez quelque peu garde avant d’envoyer votre fils au collège à l’espèce d’homme que peut être son professeur, et quelque espèce d’homme qu’il soit, vous lui donnez du moins pleine autorité sur votre fils et lui témoignez vous-même certain respect ; s’il vient dîner chez vous, vous ne le mettez pas à une petite table ; vous savez aussi que, au collège, le maître immédiat de votre enfant est sous la direction d’un plus haut maître, pour lequel vous avez le plus entier respect. Vous ne traitez pas le doyen de Christ Church ou le Directeur de la Trinité comme vos inférieurs.

Mais quels maîtres donnez-vous à vos filles et quel respect témoignez-vous à ces maîtres que vous avez choisis ? Pensez-vous qu’une fillette estimera que sa conduite personnelle, et le développement de son esprit soient choses d’une grande importance quand vous confiez l’entière formation de son être moral et intellectuel à une personne que vous laissez traiter par vos domestiques avec moins d’égards que votre femme de charge (comme si le soin de l’âme de votre enfant était une charge moins importante que celui des confitures et de l’épicerie) et à qui vous-même pensez conférer un honneur en lui permettant quelquefois le soir de venir s’asseoir au salon[1] ?

  1. « Nous avons convenu avec la marquise que, chaque fois que je serais de trop au salon, elle me dirait : « Je crois que la pendule